5. textes français

La valise

Traduction du texte "Reisekoffer" (Wohin ich immer schon einmal wollte) en français.
Traduction par Sandra Riche et Annie Saumont: Merci les deux!!!



La valise était faite. Déjà remplie et bouclée, le soir d´avant le départ. Les chemises rangées proprement, le linge de corps plié soigneusement, tout était empilé, en tas pour ainsi dire, les chaussettes, l’écharpe en soie, les gants de cuir, occupant judicieusement l’ espace libre dans la valise. D’ordinaire, je dois vous dire, d’ordinaire je fourrais tout dans la valise tel quel, sans faire attention, tout dans la valise comme ça m’arrivait entre les mains et je refermais le couvercle – la plupart du temps pour parvenir à le fermer complètement, je pressais le genou fortement contre la toile, glissant d’un côté à l’autre aussi longtemps que nécessaire afin que les deux fermetures se replient et s’enclenchent. Pour quelle raison avais-je fait preuve d’une telle application ce soir-là, avec la meilleure volonté du monde je ne saurais vous le dire. Je ne pourrais même pas me l’expliquer moi-même. La valise passa ainsi la nuit dans le couloir, en attente près de la porte d’entrée. Le matin du départ, je m’éveillai tôt – avant la sonnerie du réveil - me levai, me rasai, me peignai et m’habillai, tout cela dans le calme. Je préparai le café et le bus, vidant la tasse complètement, sans rien laisser, pas même la goutte qui d’habitude moisissait dans le fond de la tasse jusqu’à mon retour. J’avais enfilé mon manteau, l’avais boutonné – même le dernier bouton du haut, le bouton au niveau du col – et pris mon parapluie (on avait annoncé meilleur temps que celui qu’un coup d’œil par la fenêtre me révélait car il avait commencé à bruiner), j’avais saisi la valise, et j’étais sorti dans la rue. Comme la gare n’était pas loin de mon appartement, à quelques pâtés de maisons, et que mon bagage n’était pas lourd, je partis à pied. Les flaques sombres, sur l’asphalte mouillé, reflétaient les lumières de la ville. Dans la vitrine d’un magasin de jouets, un néon défectueux clignotait et bourdonnait. L’ensemble – le verre, les parties métalliques, les rivets et les vis – semblait vibrer avec le bruit. J’allais sans hâte – ce qui était nouveau et en désaccord total avec mes habitudes en matière de préparations et de départs en voyage car j’étais toujours pressé. Mais là je marchais lentement et sur mon chemin je remarquai que je ne croisais pas une voiture pas un passant. Nulle part je n’apercevais quelqu’un, ni dans les rues, ni sur la Place du Tirol-Sud (le nom, la dénomination officielle de la place devant la gare). Pas un tramway non plus, les roues grinçant dans le virage rue de Salurne avant d’arriver sur la place. Rien, personne. En pénétrant dans le hall de gare, je vis que les stores à l’intérieur des guichets ainsi que les rideaux coulissants des kiosques étaient encore baissés. Du buffet pourtant arrivait de la musique et des traînées de fumée de cigarette. Quelqu’un était donc là, pensai-je. Des pigeons roucoulaient en se balançant au dessus des portes d’entrée. Je traversai le hall, empruntai les escaliers du passage souterrain et descendis. Au quai numéro quatre, je remontai, laissant derrière moi l’écho de mes pas, renvoyé par le carrelage sale des murs de béton cylindriques.
Je posai ma valise sur le sol.
Je repris haleine.
J’attendis.
Là il faisait froid et il y avait du vent. Les rafales fouettaient la bruine qui pénétrait sur le quai bien au-delà du bord du toit. Un train de marchandises passa. Les wagons grondèrent. Le violent courant d’air provoqué par le roulement du train m’ôta presque – je suçais un bonbon à la menthe - la respiration. Mon visage – bien que j’aie reculé de quelques pas vers un des piliers du toit – fut trempé par la pluie. Je m’essuyais avec un mouchoir de papier trouvé par hasard dans la poche de mon manteau lorsque le train que je devais prendre entra en gare. Oui…, mais…. , …, alors…, alors voilà, vous devez savoir que le train en fait… était entré en gare, oui…, mais que moi, je n’avais remarqué son arrivée que par le bruit qu’il faisait. Seul le bruit du train était entré en gare. La carcasse du train, cette fichue carcasse, ses wagons, sa locomotive, je n’en voyais rien. J’entendais tout. Je ne voyais rien. Essayez de vous imaginer : vous êtes sur le quai, vous attendez, et votre train arrive mais vous n’en percevez que les bruits – les freins, l’ouverture des portes, le sifflement de la soupape de couplage. Le train est là. Et vous êtes là. Enfin après un bref arrêt, les portes se referment. Un Pfiiifffffffff, un pfiff prolongé de sifflet à roulette et le train se remet en marche. Vous êtes encore sur le quai, vous avez tout entendu, mais absolument rien vu. J’étais terrorisé, terrorisé au point que dans un premier temps je ne réalisai pas que le son des roues était toujours présent : le passage sur les aiguillages, sur les embranchements des rails à la périphérie de la gare, puis le bruit des secousses régulières sur la voie ferrée en ligne droite, à savoir sur la voie libre. Un son d’un certain volume et d’un certain coloris, comme si je m’étais trouvé dans ce train sur le départ, assis dans un compartiment.
Je tendis l’oreille.
Perplexe, je dus constater assez rapidement que ces bruits venaient pourtant bien de la valise à côté de moi.
Et ils ne cessaient pas.
Je regardai autour de moi.
Personne.
Personne à part moi sur le quai ; ou alors… me demandais-je, y avait-il vraiment des passagers qui étaient descendus et je n’aurais pourtant rien vu, rien ni personne. Tout comme je n’avais pas vu de train.
Je baissai la tête.
Je m’approchai de la source des bruits.
Le train était en marche.
Avec précaution, je tirai sur les fermetures de la valise ; d’abord la gauche, puis la droite ; elles rebondirent toutes deux vers le haut, et - lentement, très lentement, comme vous pouvez l’imaginer - je relevai le couvercle. Je vis un compartiment. En l’occurrence celui où j’aurais dû me trouver, à la place qui m’était réservée - à gauche près de la fenêtre. A travers la fenêtre - donc au fond de la valise - je voyais le paysage traversé par le train. Je le connaissais. Là, Martinswand, là, oui, en grande partie noyé dans le brouillard, Martinsbühel. Les murs gris du bâtiment, presque noirs, trempés par la pluie. Les volets ouverts. Des gouttes frappaient les vitres, s’écoulaient, devenaient des filets d’eau ; d’autres les suivaient.
Je fermai le couvercle.
J’écoutai précautionneusement.
Je réfléchis.
Je rouvris la valise. J’entendis une voix – la voix puissante du contrôleur. Quelqu’un est montééééé ?
J’aurais été le seul passager dans ce compartiment si j’étais monté à bord de ce train. Seul, je l’étais aussi sur le quai. Je jetai un coup d’œil autour de moi. Puis par la fenêtre au fond de la valise. La gare de Telf apparut ; et disparut du même coup. Le train allait vite, très vite. La pluie était plus forte à présent. Des nuages, l’eau coulait à flot. Le ciel dégoulinait. J’ai rabattu le couvercle et rabaissé les fermetures de la valise.
On entendait toujours les bruits du train.
Je me saisis du bagage, saisis la valise et ses bruits.
Je m’en allai.
Je m’en retournai à mon domicile.
Après avoir pénétré dans la maison, me trouvant déjà au pied de l’escalier, je tombai sur la concierge. Elle sortit de son appartement et me salua. En montrant les dents, à cause d’une prothèse mal fixée. Ça lui glissait de la mâchoire chaque fois qu’elle riait ; chaque fois, et ça claquait sèchement contre la prothèse de la mâchoire inférieure. Dans un réflexe la concierge refermait la bouche en aspirant.
Elle cligna des yeux.
Elle prêta l’oreille.
Moi-même, immobile, le visage tourné vers elle, je l’imitais.
Bizarre, dit-elle. Aujourd’hui, par temps de pluie, un temps de chien précisa-t-elle, il était incroyable qu’on entende jusqu’ici le bruit des trains. Si on avait eu un vent du sud, si les rafales de vent battaient les murs (conformément à notre situation, la maison se trouvant au nord de la gare), ce serait une explication.
Vous ne trouvez pas ? demanda-t-elle en dirigeant son regard vers ma valise. On dirait qu’on est juste à côté.
Je me sentais mal.
Je ne dis rien, pas un mot.
Je me sentais mal. Je m’éloignai d’un pas, tirant de côté la valise.
On se croirait carrément sur le quai. Comme s’il passait un de ces trains de grandes lignes, continua-t-elle, avec quantité de wagons. Elle m’observa, espérant une réponse. Un orgueilleux, un arrogant, dirait-elle de moi les jours suivants dans cette maison, à qui voudrait bien l’entendre - elle ne m’aimait pas, elle n’avait jamais pu me souffrir.
Une porte claqua. Je lui tournai le dos et montai l’escalier. Quatre à quatre. Je m’engouffrai dans mon appartement, laissai tomber ma valise dans l’entrée, le manteau glissa jusqu’au sol sans que je me soucie de le ramasser, et je me mis au lit.

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